Gestion des stocks : méthodes et indicateurs

Illustration d'un entrepôt avec des niveaux de stock différenciés

En bref. Le stock est de la trésorerie immobilisée qui se déprécie. Trois indicateurs suffisent à savoir s’il est bien dimensionné : le taux de rotation, la couverture en jours et le taux de service au client.

La difficulté du sujet tient à sa contradiction interne : trop de stock coûte cher, pas assez fait perdre des ventes. Le bon niveau n’est donc pas le plus bas possible, mais celui qui assure le service au coût minimal.

Ce que coûte réellement un stock

  • Le financement : chaque euro en stock est un euro qui n’est pas en trésorerie.
  • Le stockage : surface, manutention, assurance, gestion.
  • La dépréciation : obsolescence, péremption, casse, démarque.
  • Le risque : un stock invendu se solde, souvent à perte.

Additionnés, ces coûts représentent une part significative de la valeur du stock chaque année. C’est ce chiffre — et non la seule valeur d’achat — qui doit guider les décisions d’approvisionnement.

Les trois indicateurs

Indicateur Calcul Ce qu’il révèle
Taux de rotation Coût des ventes ÷ stock moyen Combien de fois le stock se renouvelle par an
Couverture Stock ÷ consommation quotidienne Combien de jours de vente le stock représente
Taux de service Commandes servies ÷ commandes reçues La qualité du service rendu au client

Les deux premiers doivent être suivis par famille de produits, jamais globalement : un stock global à quarante jours peut recouvrir des références à cinq jours et d’autres à trois cents.

L’analyse ABC

Elle constitue le point de départ de toute démarche : une petite part des références concentre l’essentiel de la valeur ou des ventes.

  1. Catégorie A : peu de références, forte part de la valeur. Suivi rapproché, réapprovisionnement fréquent, stock de sécurité calculé.
  2. Catégorie B : suivi périodique, règles simples.
  3. Catégorie C : nombreuses références, faible valeur. Commandes groupées, contrôle allégé.

Concentrer l’effort de gestion sur la catégorie A produit l’essentiel du résultat. Appliquer la même rigueur à toutes les références est inefficace et décourage l’équipe.

Les règles de réapprovisionnement

  • Le point de commande : niveau déclenchant une commande, calculé à partir de la consommation pendant le délai de livraison, majoré d’un stock de sécurité.
  • Le stock de sécurité : marge couvrant l’aléa sur la consommation et sur le délai fournisseur. Il se calcule, il ne se devine pas.
  • La quantité économique : arbitrage entre coût de passation d’une commande et coût de possession du stock.
  • Le réapprovisionnement périodique : commande à date fixe, quantité variable, adaptée aux références C.

Le délai fournisseur est la variable la plus sous-estimée : un délai qui passe de deux à quatre semaines double mécaniquement le point de commande.

Les stocks dormants

Ce sont les références sans mouvement depuis plusieurs mois. Elles immobilisent de la trésorerie et de la place, et leur valeur ne fera que décroître. Trois actions :

  1. Identifier par une extraction des références sans sortie depuis six ou douze mois.
  2. Décider : promotion, déstockage, retour fournisseur, destruction avec justificatif.
  3. Déprécier comptablement ce qui ne sera pas écoulé, plutôt que de maintenir une valeur fictive à l’actif.

Le troisième point conditionne la sincérité des comptes et se prépare à la clôture annuelle. Un stock surévalué gonfle le résultat de l’exercice et repousse le problème.

L’inventaire

L’inventaire physique annuel est une obligation. Il peut être complété, voire remplacé, par des inventaires tournants : compter chaque semaine une partie des références, en couvrant l’ensemble sur l’année. Trois avantages : pas d’arrêt d’activité, détection rapide des écarts, et fiabilité du stock informatique en continu.

La fiabilité de ce stock informatique est le préalable à toute automatisation : un système de réapprovisionnement alimenté par des données fausses produit des commandes fausses.

L’effet sur la trésorerie

Réduire la couverture de stock libère immédiatement de la trésorerie, à hauteur de la valeur des jours supprimés. C’est l’un des trois leviers de réduction du besoin en fonds de roulement, avec les délais clients et fournisseurs — voir notre article sur la manière d’optimiser son BFR.

Attention toutefois : réduire le stock au détriment du taux de service coûte des ventes, donc de la marge. L’arbitrage doit se faire par famille, en fonction de la criticité pour le client. La valorisation du stock obéit par ailleurs aux règles du plan comptable général publié par l’Autorité des normes comptables.

Le lien avec le coût de revient

Le coût de possession du stock fait partie du coût de revient réel d’un produit. Une référence à rotation très lente coûte davantage qu’il n’y paraît : son prix de vente devrait en tenir compte — voir nos articles sur la manière de calculer son coût de revient et de fixer ses prix.

Ventes et stocks se pilotent depuis le même outil : ce qu’il couvre.

Le stock s’évalue à part du fonds le jour d’une cession : comment il se valorise.

L’informatique de gestion d’un commerce structure le suivi des stocks : ce qu’elle comprend.

Questions fréquentes

Quel taux de rotation viser ?

Il n’existe pas de valeur universelle : elle dépend totalement du secteur. Ce qui compte est l’évolution dans le temps et la comparaison entre familles de produits.

Faut-il supprimer le stock de sécurité ?

Non. Il couvre l’aléa sur la demande et sur les délais. Le supprimer transfère le risque sur le taux de service, donc sur le chiffre d’affaires.

Comment traiter les invendus ?

Par une décision explicite et une dépréciation comptable. Les conserver à leur valeur d’origine fausse le bilan et retarde l’assainissement.

Les inventaires tournants remplacent-ils l’inventaire annuel ?

Ils peuvent en tenir lieu s’ils couvrent l’ensemble des références et si la fiabilité est démontrée. Ce point se valide avec l’expert-comptable.

Conclusion

Piloter ses stocks tient en trois gestes : classer les références par importance, suivre rotation et couverture par famille, et traiter chaque trimestre les références dormantes. Ce sont les trois seules actions qui libèrent de la trésorerie sans dégrader le service.


Information générale. Ce contenu décrit des règles et des pratiques d’ordre général. La réglementation applicable au Maroc évolue : vérifiez les textes en vigueur avant toute démarche. Casaby assiste ses clients dans leurs formalités administratives et n’exerce ni la profession d’avocat, ni celle de notaire, ni celle d’expert-comptable.

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