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Les « Paravents » d’Arthur Nauzyciel : Une ascension poétique vers la folie funèbre de Jean Genet

Arthur Nauzyciel, le responsable du Théâtre National de Bretagne, nous transporte pendant quatre heures dans l'univers sombre et tragique des "Paravents" de Jean Genet. C'est un spectacle poétique d'une grande beauté, où seize acteurs évoluent avec grâce sur un escalier d'une blancheur éclatante. Cette pièce est actuellement présentée à Rennes, et sera jouée en mai à l'Odéon à Paris.

Par moi, Philippe Chevilley

Au lieu d'un paravent, le plateau du Théâtre national de Bretagne est décoré d'un immense escalier blanc, qui devient le théâtre de la vie, de la guerre et de la mort pour les personnages de la pièce de Jean Genet. Ils vont descendre et monter cet escalier jusqu'à la chute finale. Arthur Nauzyciel a décidé de représenter les "Paravents" de manière verticale, créant ainsi une expérience théâtrale empreinte d'émotion et de montée en intensité. Le spectacle dure quatre heures et est d'une beauté absolue.

La pièce a été publiée en 1961 dans un pays arabe sous colonisation, ce qui a suscité des polémiques et empêché sa représentation pendant cinq ans. Bien qu'elle ne soit ni une pièce historique ni un manifeste politique, elle est plutôt une fresque poétique qui exprime la violence et le malheur du monde, en mettant en évidence les aspects sombres de l'humanité.

Le directeur du TNB a bien saisi la situation. Le metteur en scène a choisi de rappeler le contexte historique de la pièce de manière intime, en projetant une vidéo juste après l'entracte. Un proche du metteur en scène, filmé en gros plan, lit les lettres qu'il a écrites à sa famille lorsqu'il était jeune médecin effectuant son service militaire en Algérie à la fin des années 1950. Ces lettres évoquent des populations divisées, des tortures commises par l'armée française, une spirale de violence et l'absurdité d'un combat qui était perdu d'avance. Ce sont des faits glaçants. Tout le reste de la pièce est du théâtre.

Dans ce récit, Genet met en scène le personnage de Saïd, un voleur cherchant l'absolu, qui part pour un pays ravagé par la violence et le chaos. À travers son périple, ainsi que celui de sa femme peu attirante et de sa mère héroïque, il expose sans filtre les problèmes du système colonial. Cependant, son message évolue et s'élargit pour finalement réunir les ennemis au seuil de la mort. Les "Paravents" se transforment alors en un requiem saisissant, rappelant l'œuvre de Claudel.

Dès que le jeune Aymen Bouchou (Saïd) apparaît en haut des marches conçues par Riccardo Hernández, le public sait que le spectacle sera incroyable. On peut sentir que le spectacle va atteindre des sommets et nous emmener très loin. Pendant quatre heures, seize acteurs jouent plusieurs dizaines de rôles, tels que des villageois, des prostituées, des soldats, des notables, et ils dansent sur un volcan… En effet, les mots de Genet invitent au mouvement. Le talentueux chorégraphe Damien Jalet, qui collabore souvent avec Arthur Nauzyciel, fait rayonner les corps dans un ballet à la fois dangereux et hypnotisant, tant sur l'escalier que tout autour.

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Dans toutes les positions imaginables, à différentes vitesses, trois générations d'acteurs participent avec joie à ce mouvement perpétuel : les jeunes pleins d'énergie de l'école du TNB, les acteurs préférés du metteur en scène (le trio magique Marie-Sophie Ferdane, Mounir Margoum et Xavier Gallais) et deux interprètes dynamiques de la production de Patrice Chéreau en 1983, Farida Rahouadj et Hammou Graïa. Le metteur en scène laisse les mots de Genet danser sans entraver la personnalité des acteurs. Chacun joue son rôle avec conviction, dans un mélange subtil d'enthousiasme lyrique et de sensualité douloureuse.

Coupes bien faites

La pièce entière aurait duré sept heures. Les coupes qui ont été faites sont bien faites : on ne perd pas le fil fragile de l'histoire à travers les différentes scènes qui nous plongent dans le désert, en prison, dans un bordel, dans un cimetière, en enfer… ou au paradis. Cette adaptation fluide permet au spectateur de se détacher lorsque le langage de Genet devient ardent et hermétique, voire abstrait. Le théâtre devient un poème et la représentation, une transfiguration.

Alors que l'immense escalier s'est transformé en une créature en mouvement grâce à des jeux de lumières et des projections d'actualités floutées, la pièce nous emmène finalement dans un spectacle funèbre où les personnes encore en vie côtoient celles qui ne le sont pas tout à fait. Saïd, l'indécis, peaufine son dernier acte audacieux. Puis vient le moment où il saute dans le vide, l'effet final incroyable de ces "paravents" sans paravent qui deviendront célèbres.

Les "Paravents" se transforment en un requiem stupéfiant avec des accents inspirés de Claudel. © Philippe Chancel – TNB

Les paravents

Pièce de théâtre écrite par Jean Genet

Direction artistique par Arthur Nauzyciel

A Rennes, le Théâtre National de Bretagne (TNB) présente une exposition jusqu'au

Visitez le site web www.t-n-b.fr.

Du 29 mai au 19 juin 2024, il y aura une exposition à Paris, précisément à Odéon dans le 6e arr

Philippe Chevilley

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