Découverte d'Israël
Dans cette nation en conflit, l'impact choquant de l'attaque du Hamas continue d'étonner. Certains envisagent la perspective d'un avenir où la bande de Gaza serait libérée de l'influence iranienne et reconstruite grâce à l'aide d'une alliance internationale favorisant les puissances sunnites modérées.
Selon l'auteur Marc
J'ai passé trois jours en Israël après avoir été invité par l'organisation Elnet. Nous étions une quinzaine de parlementaires et six écrivains. Deux choses ont particulièrement attiré mon attention dans un pays en conflit depuis maintenant cent jours.
Tout d'abord, il y a une émotivité intense. L'agression du 7 octobre a provoqué un choc saisissant. La vie semble suspendue : les noctambules timides se cachent sous les immeubles Bahaus du quartier Neve Tzedek de Tel-Aviv, la ville de Sdérot est vidée de 80% de ses habitants, et il n'y a personne au Saint-Sépulcre de Jérusalem. L'enjeu est crucial, rappelant les paroles de Golda Meir : "Notre arme secrète est que nous n'avons nulle part où aller." Le pays high-tech se reprend après une défaillance inexplicable de ses services d'élite, une blessure énorme pour sa réputation d'invincibilité.
Cela donne l'impression d'une patrie en péril, similaire à la Convention française de 1793. Les contre-attaques asymétriques nécessitent une élimination impitoyable du Hamas. On a rappelé 400 000 réservistes. On peut voir d'innombrables soldats avec des queues de cheval et des mitraillettes Uzi accrochées à la ceinture se croisant dans les rues. Les parlementaires de la Knesset sont unanimes, mais les comptes seront réglés plus tard. Une vigilance est maintenue près de la rivière Litani, au Liban, où le Hezbollah prépare ses mortiers. Néanmoins, dans plusieurs discours, on évoque la possibilité d'un avenir où la bande de Gaza serait libérée de l'emprise iranienne et reconstruite sous la direction d'un consortium international favorisant les puissances sunnites modérées.
L'attention est attirée par la transformation des stigmates en un mémorial, ce qui donne l'impression d'un processus de muséification de l'événement immédiat. Une place à Tel-Aviv, entre le ministère de la Défense et le Musée d'art, a été désignée comme "place des otages". Les familles des personnes disparues y construisent des autels spontanés, des panneaux photographiques et des ex-voto composés de tressages colorés. Une longue table est dressée avec une centaine de chaises vides pour représenter les 136 otages. Dans l'obscurité, un pianiste joue Stairway to Heaven de Led Zeppelin sur une estrade. Dans une caserne voisine, les armes saisies au Hamas sont exposées : kalachnikovs, tubes lance-roquettes, mines antipersonnel Claymore, coutelas et grenades thermobariques provenant de l'Iran, de la Russie ou de la Bulgarie. Dans un grand hangar à Tel-Aviv, les restes du massacre de la rave party Nova ont été rassemblés : véhicules incendiés, vêtements et chaussures éparpillés, rappelant ceux qui sont exposés à Auschwitz.
L'horreur est présente dans tout le kibboutz de Kfar Aza, où il y a eu une destruction systématique. On doit se déplacer dans les rues avec un casque et un gilet pare-balles, à un kilomètre des immeubles de Gaza, pendant que l'on entend des tirs de canons au loin : maisons brûlées, impacts de balles, jouets éparpillés. C'est un chaos. Le futur est forgé à partir de la sacralisation de ce qui ne peut être corrigé. Une jeune nation, avec une culture ancienne, pose les bases d'un récit de mémoire.
Marc Lambron est
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