Agriculture régénératrice : Intact, une nouvelle entreprise ambitieuse dans le département du Loiret, a développé un processus écologique pour produire des protéines végétales et de l'alcool pur à partir de légumineuses. En rassemblant 250 agriculteurs, l'entreprise a réussi à obtenir 50 millions d'euros de financement pour démarrer sa première usine.
Par moi-même, Pierre Fort
C'est l'histoire d'une chute soudaine. Avant la Seconde Guerre mondiale, les légumineuses – pois, fèves et autres lentilles – étaient essentielles à l'agriculture car elles étaient les seules plantes capables de capturer l'azote de l'air, nécessaire à la croissance des plantes, et de le stocker dans le sol pour préparer les cultures suivantes. Cependant, l'apparition des engrais azotés plus faciles à utiliser a mis fin à cette bonne pratique. Pendant de nombreuses décennies, les légumineuses ont disparu des champs. Jusqu'à aujourd'hui. Après avoir été négligées pendant plus de cinquante ans, elles sont maintenant prêtes à prendre leur revanche.
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L'agriculture est confrontée à deux défis majeurs dans le cadre de la transition écologique. D'une part, elle doit adopter des pratiques permettant de réduire les émissions de carbone, et d'autre part, elle doit restaurer la santé des sols qui connaissent une baisse de fertilité due aux pratiques intensives. Dans ce contexte, il est essentiel d'éliminer l'utilisation des engrais azotés, car ils sont néfastes à long terme pour les terres agricoles. En effet, ils appauvrissent la richesse du microbiote nécessaire aux plantes et contribuent aux émissions de CO2. Ces engrais représentent 42% des émissions de carbone de l'agriculture française. C'est pourquoi les légumineuses, en tant que culture de rotation, font leur retour pour réintroduire naturellement l'azote dans les champs. Leur potentiel est encore plus important.
La décarbonisation de l'agriculture nécessite de remplacer progressivement les protéines animales utilisées massivement par l'industrie agroalimentaire par des protéines végétales, lorsque cela est possible. Selon une étude menée par Joseph Poore et Thomas Nemecek, chercheurs respectivement à l'université d'Oxford et à l'institut de recherche suisse Agroscope, les émissions de CO2 pour 100 g de protéines sont de 49,9 kg pour le bœuf, 19,9 kg pour le mouton et l'agneau, 5,7 kg pour le poulet et 7,6 kg pour le porc. Les végétariens qui se tournent vers le fromage (10,8 kg de CO2 pour 100 g de protéines) ou les œufs (4,2 kg pour 100 g) ne sont pas beaucoup mieux lotis.
Les créateurs d'Intact sont Axel Duval et Fanny de Castelnau, selon David Atlan.
En comparaison, les légumineuses telles que les lentilles (0,8 kg de CO2 pour 100 g de protéines) ou les pois (0,4 kg pour 100 g) ont un impact environnemental beaucoup plus faible. Ils sont également meilleurs que le soja, la principale protéine végétale utilisée en Europe, mais importée principalement d'Amérique latine et responsable d'une partie de la déforestation dans ces régions. Les légumineuses sont bonnes pour le sol, pour le bilan carbone et aussi pour la santé. Il n'est donc pas surprenant que trois vétérans de l'industrie agroalimentaire aient développé un attachement pour les légumineuses.
En 2022, Axel Duval, Fanny de Castelnau et Christopher Hervé créent la société Intact à Olivet (45) dans le but ambitieux de développer des technologies permettant de créer des ingrédients modernes à partir de légumineuses, tout en garantissant une production respectueuse de l'environnement. Axel Duval, président de l'entreprise, assume cette vision colossale.
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La première démarche a été d'établir un système de production de pois et de fèveroles. Pour ce faire, une alliance a été formée avec la coopérative agricole Axéréal, qui compte 11 000 agriculteurs du centre de la France et produit 4,5 millions de tonnes de céréales et génère 4,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Le PDG d'Intact explique que l'entreprise collabore avec 250 agriculteurs partenaires afin de réintroduire les légumineuses dans la rotation des cultures céréalières, conformément aux pratiques de l'agriculture régénératrice. Le cahier des charges imposé par l'entreprise aux agriculteurs requiert ainsi une plus grande diversification et prolongation des rotations, une couverture permanente du sol, une réduction du travail du sol pour préserver le CO2 stocké, une limitation de l'utilisation de produits chimiques et une interdiction de l'utilisation d'engrais azotés.
En retour, le fermier recevra un sol plus sain, avec une plus grande diversité biologique et capable de retenir plus d'eau et de CO2. De plus, grâce à la filière mise en place par Intact, il aura une opportunité de vendre sa récolte de légumineuses, que ce soit pour la production de protéines végétales ou d'alcool pur. À court terme, le partenariat entre Intact et les agriculteurs devrait s'étendre sur une superficie de 65 000 hectares.
Intact a réussi à réduire de manière significative son empreinte carbone grâce à un procédé breveté bas carbone. Ce procédé permet de transformer les végétaux récoltés sans produire de déchets et sans utiliser de produits chimiques. De plus, il nécessite une consommation en eau et en énergie beaucoup moins importante que les méthodes actuelles. Jusqu'à présent, il était difficile de séparer les protéines des légumineuses des fibres ou des sucres de la plante, ce qui impliquait des opérations peu respectueuses de l'environnement. Habituellement, les végétaux étaient trempés dans de l'eau chaude et la séparation se faisait avec l'utilisation de nombreux produits chimiques.
L'entreprise ligérienne ne nécessite pas toutes ces étapes compliquées. Le processus se déroule à température ambiante en utilisant des flux d'air pour séparer précisément les protéines des glucides et des fibres. Une fois séparés, les sucres sont utilisés dans un processus de fermentation développé par Intact, qui est également économe en eau et en énergie, afin de produire de l'alcool pur à partir de légumineuses. Enfin, les fibres sont utilisées dans des chaudières biomasse pour fournir de l'énergie à l'opération, ce qui permet une autonomie de consommation d'environ 70%.
L'usine en construction d'Intact dans le département du Loiret. Intact
En conséquence, les procédés utilisés ont considérablement réduit l'impact environnemental par rapport aux méthodes existantes. Selon Axel Duval, cela se traduit par une réduction des émissions de carbone de plus de 80 % et une diminution similaire de la consommation d'eau pour la production d'alcool. En ce qui concerne les protéines végétales, la réduction de l'empreinte carbone dépend de la provenance de la matière première. Cependant, par rapport à une protéine de soja provenant d'Amérique latine, la réduction est d'environ 75 %. De plus, ces protéines de légumineuses sont riches en protéines, en fer, en vitamines et en antioxydants, tout en étant faibles en sucres et en gras, ce qui est bénéfique pour la santé. C'est maintenant une solution vertueuse qui doit être industrialisée.
Lancement commercial prévu d'ici 2025
En 2023, Intact a réussi à obtenir des fonds pour développer son procédé. Elle a pu réunir 40 millions d'euros grâce à Axéréal et au Fonds stratégique des transitions d'Isalt, et a également bénéficié d'une subvention publique de 14,4 millions d'euros dans le cadre du plan France 2030. Ainsi, à la fin de l'année 2023, elle a lancé la construction de son usine à Baule (45), qui sera capable de traiter 30 000 tonnes de pois chaque année. La production et la vente de ses produits débuteront donc au début de l'année 2025.
Intact a déjà signé plusieurs contrats pluriannuels pour ses protéines végétales. Ces protéines seront principalement utilisées dans l'industrie agroalimentaire, où elles pourront remplacer le soja. Plus spécifiquement, elles seront utilisées dans les secteurs de la boulangerie, de la biscuiterie, des plats préparés à base de viande ou végétariens, ainsi que dans les produits laitiers. L'alcool produit par Intact sera livré aux distilleries, aux industries pharmaceutiques et cosmétiques. Axel Duval rappelle que jusqu'à présent, l'alcool était responsable de 20 % des émissions de gaz à effet de serre et de 70 % de la consommation d'eau dans la fabrication de parfums. Selon le PDG d'Intact, leurs protéines végétales et leur alcool de légumineuses seront compétitifs par rapport aux produits qu'ils remplacent, ce qui rendra leur solution d'autant plus impactante.
« Cependant, nous sommes conscients que nous sommes encore très petits », admet Axel Duval. Le principal défi de ces solutions visant à s'attaquer aux grands émetteurs tels que l'industrie de l'acier, du verre ou de l'agriculture, est de réussir à les mettre à grande échelle. Cela est urgent car actuellement, l'agriculture représente 23% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, dont 15% proviennent de l'élevage seul. De plus, la sécurité alimentaire est également préoccupante. Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, 36% des terres à l'échelle mondiale sont affectées par une dégradation de leur fertilité causée par l'activité humaine. Il est donc impératif de déployer rapidement et massivement des cultures légumineuses dans le cadre de l'agriculture régénératrice afin d'inverser cette tendance.
Pierre Fortin
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