Stokelp, une plateforme en ligne qui lutte contre le gaspillage dans l'industrie agroalimentaire, propose une solution pour résoudre le problème de la gestion défectueuse des stocks. Chaque année, en Europe, environ 1,6 million de tonnes d'aliments sont gaspillées et finissent par être incinérées. Cette situation est à la fois économiquement, éthiquement et écologiquement aberrante.
Par moi-même, Pierre Fort
Alors que les foyers français se régalent avec des plats délicats, il est important de rappeler la réalité du gaspillage alimentaire. Cela pose non seulement un problème éthique – il est difficile de jeter de la nourriture alors que de nombreuses personnes dans le monde souffrent de la sous-nutrition – mais aussi un problème écologique. En effet, l'alimentation représente 22 % de notre empreinte carbone, principalement due à la production de matières premières. En France, cela en fait le deuxième secteur le plus émetteur après les transports (30 %) et le logement (23 %).
D'après les données d'Eurostat, plus de la moitié du gaspillage alimentaire en Europe est causée directement par les consommateurs du continent. Les restaurants, l'agriculture et la distribution sont responsables de 9 % chacun, tandis que l'industrie agroalimentaire, représentant 21 % du gaspillage, n'a pas encore été soumise à des mesures de rationalisation. Des entreprises telles que Too Good to Go, Nous Anti-Gaspi ou Willy Anti-Gaspi ont déjà lancé des campagnes de sensibilisation et proposé des solutions dans ces secteurs. William Launay et Tanguy de Cottignies, employés d'une PME spécialisée dans la fabrication de soupe, ont constaté cette situation en tant que responsables des achats et de l'approvisionnement en matières premières, notamment les légumes.
Les créateurs de Stokelp sont Tanguy de Cottignies et William Launay.
Selon Tanguy de Cottignies, l'industrie agroalimentaire gère ses stocks en fonction de prévisions plus ou moins précises. Cependant, elle doit également faire face à la pression de la grande distribution, qui exige un taux de service obligeant les producteurs à livrer au moins 99% des produits demandés. Afin de garantir une réponse à la demande et éviter d'être retirés des rayons, les industriels font souvent des stocks supérieurs à leurs besoins réels. De plus, les tendances passagères et les échecs commerciaux entraînent souvent de grandes quantités de matières premières inutilisées. De plus, ces stocks sont soumis à des dates de péremption et ne peuvent donc pas être conservés indéfiniment. Résultat, chaque année en Europe, 15 millions de tonnes de nourriture sont perdues. Une partie de ces pertes est utilisée dans l'alimentation animale ou la méthanisation pour en tirer profit, mais 1,6 million de tonnes d'aliments comestibles – soit l'équivalent de 50 000 camions – finissent finalement dans les incinérateurs.
Intrigué par l'absurdité de cette situation, Tanguy de Cottignies décide d'agir à sa manière : « Au sein de mon entreprise, j'ai mis en place des petits échanges avec d'autres industriels en Europe qui pourraient également avoir besoin de légumes pour leurs produits. Je signalais mes surplus pour voir s'ils étaient intéressés à les racheter. » Le succès de cette approche est une révélation. L'ancien conseiller en stratégie embarque son collègue William Launay dans l'aventure Stokelp, fondée en 2021, avec pour objectif de généraliser le système de revente des surplus.
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Au premier abord, la plateforme, qui a été lancée au début de l'année 2022, fonctionne de manière similaire à une place de marché en ligne classique. Un industriel qui souhaite vendre ses surplus de matières premières crée un compte et publie une annonce détaillant le produit à vendre, sa quantité, son origine géographique, sa date de péremption, ses conditions de stockage et son mode d'emballage. Un autre utilisateur du site, qui a préalablement indiqué les types de produits qu'il recherche, reçoit une notification pour lui informer de la disponibilité de cette matière première d'occasion. Une fois que l'échange est conclu, Sotkelp achète le produit et le revend à l'acheteur. Le catalogue en ligne est presque complet, comprenant des fruits, des légumes, des poissons, des viandes, des ingrédients, des herbes aromatiques, des produits laitiers, des plats cuisinés et des emballages. Seuls certains produits frais ne sont pas inclus pour le moment.
Depuis sa création, la plateforme Stokelp a vu passer 1 300 tonnes de produits échangés. Cette information est illustrée par une image de montage utilisant le logo de Shutterstock et le nom de Stokelp.
Cependant, étant donné la nature sensible des produits échangés et les normes strictes qui les régissent, la start-up intervient pour gérer le prix et assurer la qualité. « Nous nous chargeons personnellement de vérifier les certifications de l'usine d'origine du produit, les documents de qualité et la date de péremption », explique le cofondateur de la plateforme. De plus, nous avons des négociateurs expérimentés dans notre équipe qui agissent en tant que modérateurs, voire éducateurs, afin de rationaliser les tarifs en fonction des prix du marché, de garantir notre marge et de s'assurer que vendeurs et acheteurs soient satisfaits. »
Au total, grâce à la plateforme Stokelp, les acheteurs peuvent bénéficier d'un prix moyen réduit de 30% par rapport aux aliments neufs, tandis que les vendeurs évitent les coûts liés à la destruction des produits et améliorent leur empreinte environnementale en réduisant les émissions de CO2. Depuis sa création, environ 1 300 tonnes de produits ont été échangées sur la plateforme, ce qui a permis d'éviter l'émission de 4 000 tonnes de CO2. Ce calcul prend en compte les économies réalisées grâce à la non-fabrication de matières premières, à l'évitement de l'incinération et au transport nécessaire pour livrer les produits du vendeur à l'acheteur.
En plus de gérer la logistique, la start-up a établi un partenariat exclusif avec Stef, une entreprise renommée dans le domaine du transport frigorifique. Bien que l'inscription sur la plateforme soit gratuite, Stokelp se rémunère en prélevant une commission sur les achats effectués, ce qui lui permet de générer un chiffre d'affaires estimé entre 2 et 3 millions d'euros pour l'année en cours. De plus, l'équipe envisage de mettre en place un abonnement payant offrant de nouveaux services tels que des solutions de crédit pour les acheteurs ou des options de paiement plus rapides pour les vendeurs. Tanguy de Cottignies a également précisé cette information.
Ce modèle a attiré l'attention des investisseurs. Après avoir collecté 500 000 euros lors de sa création, la start-up, qui compte une quinzaine de salariés, a récemment obtenu un financement supplémentaire de 3 millions d'euros de la part de OneRagtime, AFI Ventures, Rothschild & Co et Better Angle. Cela lui donnera les moyens de poursuivre ses ambitions.
Économiser 800 000 tonnes de déchets incinérés
La première initiative consiste à accélérer la diffusion de cette plateforme dans toute l'Europe. Bien que les produits soient déjà disponibles pour tous les industriels du continent, environ 85 % de son chiffre d'affaires provient encore de la France. L'objectif est d'élargir la communauté de la plateforme, où actuellement entre 2 000 et 2 500 membres échangent 10 000 tonnes de produits d'une valeur de 18 millions d'euros. Dans les trois prochaines années, Stokelp vise à réduire de moitié le gaspillage alimentaire de l'industrie européenne, en sauvant 800 000 tonnes de matières premières de l'incinération et en évitant l'émission de 2 millions de tonnes de CO2.
Dans le but d'améliorer sa position dans l'industrie agroalimentaire, la jeune entreprise souhaite poursuivre son intégration et la renforcer. Tangy de Cottignies affirme que revendre les surplus de stocks n'est qu'une solution temporaire pour pallier un système qui n'est pas vertueux. À l'avenir, ils souhaitent travailler sur l'approvisionnement des industriels en leur proposant un modèle direct et de proximité, qui leur permettrait de livrer exactement la quantité dont ils ont besoin. Ce processus a déjà été initié avec les légumes, ce qui représente un espoir pour mettre fin au gaspillage absurde.
Pierre Fortin
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