La genèse du panneau Hollywood, devenu le symbole incontournable du cinéma à l'échelle mondiale, remonte à un simple panneau publicitaire destiné à promouvoir un programme immobilier. Cette signalétique incarne désormais l'essence même de l'industrie cinématographique et du rêve américain. Revenons sur l'histoire de cette icône qui fête tout juste son centenaire.
Par moi-même
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Le 8 décembre 1923, une enseigne publicitaire annonçant la construction d'un quartier résidentiel appelé Hollywoodland s'allume pour la première fois sur les collines de Los Angeles. Les spectateurs en bas et le constructeur, qui vient d'allumer les 4 000 ampoules d'un coup, ne peuvent pas prévoir ce qui se passera avec ces treize lettres fièrement éclairées dans le ciel californien cette nuit-là. Ce qui n'était qu'un outil marketing temporaire deviendra au cours du siècle l'un des symboles les plus célèbres au monde. Désormais appelé le "Hollywood Sign", il incarne non seulement l'essence de l'industrie cinématographique, mais aussi le rêve américain, tout comme la statue de la Liberté de l'autre côté.
Cependant, le 8 décembre 2023, seules quelques petites lumières ont brièvement brillé sur la colline, symbolisant le Hollywood Sign. En raison de l'absence de lune, il est impossible de distinguer les neuf lettres. Le centenaire du Hollywood Sign aurait normalement dû être une occasion de grande fête et de célébration, mais rien n'a été prévu. En réalité, Los Angeles traverse une période difficile avec une longue grève pénible des scénaristes et des acteurs, une crise grave des personnes sans-abri et des controverses politiques qui ne favorisent pas l'ambiance festive. L'idée du précédent maire de rétablir les lumières du panneau a suscité une opposition de la part des voisins qui ne veulent pas que leurs maisons, parmi les plus chères du monde, soient éclairées en permanence. Par conséquent, dès son entrée en fonction en janvier dernier, la nouvelle maire Karen Bass a fait marche arrière et a organisé une modeste cérémonie à l'hôtel de ville, en présence du Hollywood Sign Trust qui gère désormais le monument et de quelques donateurs.
En 1924, un panneau publicitaire a été installé pour annoncer la construction du lotissement Hollywoodland situé dans les collines de Mulholland Drive. Juste en dessous se trouve le bâtiment abritant la galerie d'art Kanst.
Dans cette période de crise – qui affecte non seulement Los Angeles, mais tout le pays -, il est intéressant de se pencher sur les origines de ce célèbre symbole, de remonter à l'époque où Los Angeles était encore en développement, lorsque les aspirations à la grandeur façonnaient son paysage urbain. C'est dans ce contexte que Harry Chandler, un homme d'affaires plein de vision, s'installe à la fin du XIXe siècle.
Cet individu originaire de la côte est, souffrant d'une maladie pulmonaire chronique, a décidé de s'installer à Los Angeles pour profiter de son climat chaud et sec, ainsi que pour se lancer dans des projets. Après avoir acquis de l'expérience dans le domaine de la livraison, il a hérité en 1917 du plus grand journal de la côte ouest, le L.A. Times, suite à son mariage avec la fille de son fondateur. En tant que propriétaire de ce journal très populaire à travers le pays, il a réinvesti ses bénéfices dans l'immobilier et est rapidement devenu le plus grand promoteur immobilier de la ville. En mars 1923, Chandler a repéré un terrain de 200 hectares en bordure de colline qu'il envisageait de transformer en un havre de paix réservé aux personnes aisées (et blanches), loin de la pollution du centre-ville en pleine expansion à l'est.
Afin de promouvoir une opération immobilière, une personne a eu l'idée de faire construire un immense panneau. Ce panneau, initialement composé de treize lettres, portait le nom de HOLLYWOODLAND. Pour cela, des dizaines d'ouvriers mexicains ont été embauchés pour transporter le matériel à dos de mules. Quelques mois plus tard, le travail était achevé et la ville entière pouvait l'admirer, de jour comme de nuit, grâce à 4 000 ampoules qui l'illuminaient. Tout cela a été réalisé pour la somme de 21 000 dollars, ce qui équivaudrait aujourd'hui à environ 360 000 euros.
Au départ, Chandler prévoyait de retirer son panneau après seulement dix-huit mois, une fois que toutes les parcelles seraient vendues. Cependant, son succès dépasse largement ses attentes et il devient rapidement un symbole de l'industrie cinématographique en plein essor dans le quartier de Hollywood. Ainsi, tout comme la tour Eiffel qui devait être démontée après l'exposition universelle de 1889, Hollywood (land) reste en place.
Pendant ce temps, en bas, près des quatre plus grands studios (Paramount, Warner Bros, RKO et Columbia), les travailleurs habitent dans des appartements modestes, tandis que les stars, les réalisateurs et les producteurs font construire de luxueuses villas sur les collines. Il y a donc ceux qui se réveillent le matin en voyant de près le panneau, et ceux qui l'observent de loin en espérant qu'un dur labeur leur permettra un jour de s'en approcher. Le film Babylonde Damien Chazelle illustre parfaitement la puissante hiérarchie qui existe dès les débuts de cette industrie – une hiérarchie implacable et cruelle.
En 1932, Peg Entwistle, une actrice âgée de 24 ans, est victime des conséquences de sa décision. Ayant récemment déménagé de New York à Los Angeles, elle espérait devenir une star, comme cela était couramment répandu. Contrairement au théâtre, qui était affaibli par la crise de 1929, l'industrie cinématographique était en plein essor grâce à l'avènement du cinéma parlant. Avec sa coupe de cheveux à la mode, la jeune femme espérait tirer profit de cette situation. Cependant, elle avait du mal à obtenir des rôles et se sentait de plus en plus déprimée.
Le 16 septembre, un événement tragique survient : elle découvre que son premier rôle au cinéma, dans le film à suspense Thirteen Women, a été complètement supprimé au montage et que le studio (RKO) ne lui proposera pas de contrat pour d'autres projets, contrairement à ce qui lui avait été promis. Cette nouvelle plonge la jeune femme dans le désespoir. Et la nuit venue, elle décide de se rendre seule près du panneau Hollywoodland… Le lendemain, une randonneuse découvre une chaussure, une veste et un sac à main éparpillés sous la lettre H. À l'intérieur du sac, il y a une lettre disant : "J'ai peur, je suis lâche. Je suis désolé pour tout. Si j'avais fait ça il y a longtemps, cela m'aurait épargné beaucoup de souffrances. P.E." Trente mètres plus bas, le corps brisé de Peg Entwistle est retrouvé, devenant ainsi tristement célèbre, symbolisant la tragédie hollywoodienne – celle-là même que David Lynch a utilisée pour son chef-d'œuvre Mulholland Drive.
De manière ironique, la lettre H s'est séparée en 1944, exactement la même année où Harry Chandler a perdu la vie.
Après la guerre, alors que les Américains utilisent les westerns, les comédies et les films noirs comme moyen culturel de lutter contre le communisme, le célèbre panneau qui symbolise ce pouvoir d'influence est en très mauvais état. La lettre "H" s'est détériorée en 1944 – l'année de la mort de Harry Chandler – et le vent menace de faire tomber toutes les autres lettres. La municipalité propose donc de détruire ces vieilles planches qui auraient dû disparaître depuis longtemps de toute façon. Cependant, lors de la réunion du conseil municipal en janvier 1949, il y a un revirement de situation : le représentant de la puissante Chambre de commerce de Hollywood propose de prendre en charge l'entretien du panneau en échange de sa propriété et en abandonnant les quatre dernières lettres, pour plus de simplicité. Accord conclu.
On peut observer le quartier de Hollywood et Los Angeles depuis le Hollywood Sign. Cette photo a été prise par Daniel Walther et est disponible sur Imagebroker / Photo12.
Cependant, vingt-neuf ans plus tard, en 1978, le Hollywood Sign est de nouveau en mauvais état. Les lettres sont endommagées, fissurées, décolorées et menacent de tomber, pouvant causer des blessures. Malheureusement, la Chambre de commerce n'a plus les ressources nécessaires pour les rénover. Heureusement, un nouveau sauveur se présente : Hugh Hefner. Le créateur du magazine Playboy, passionné par l'histoire de Hollywood, organise une collecte de fonds à la Playboy Mansion. Neuf donateurs, dont le rockeur Alice Cooper et le chanteur cow-boy Gene Autry, contribuent chacun avec 27 778 dollars. Avec les 250 000 dollars réunis, le panneau est entièrement reconstruit, avec une structure métallique de 14 mètres de hauteur et 106 mètres de longueur, qui ne peut être atteinte qu'après une randonnée de trois heures.
Dans le film "Le Jour d'après" sorti en 2004, une tornade ravage les lettres emblématiques d'Hollywood.
Cependant, en 1978, il sera ironiquement détruit dans le premier film Superman. Par la suite, des films tels que Les Aventures Rocketeer (1991), Independence Day (1996), Le Jour d'après (2004), Terminator Salvation (2009), ou encore Moi, moche et méchant 3 (2017), commettront des actes similaires de profanation. Et lorsque l'industrie cinématographique hollywoodienne ne s'amuse pas à endommager son symbole, ce sont de simples citoyens qui s'en chargent.
Parmi les nombreux détournements artistiques, il y a le clin d'œil de «Shrek 2» (2004).
Depuis les années 1980, il y a eu environ six altérations, la plupart du temps inoffensives. La plus célèbre a eu lieu en janvier 2017, lorsqu'un plaisantin a réussi à accrocher des toiles noires ou blanches pour former le mot "HOLLYWEED". Zachary Cole Fernandez, un artiste de 30 ans, s'est rendu à la police une semaine plus tard pour expliquer qu'il voulait simplement célébrer la légalisation du cannabis.
Greenpeace a récemment créé une altération qui mélange le monde du cinéma et l'engagement citoyen. Le 30 novembre, au début de la COP28 à Dubaï, l'organisation écologiste a diffusé une vidéo sur X dans laquelle le Hollywood Sign est couvert de pétrole puis incendié, parmi d'autres outrages. Il est important de souligner que cela n'est qu'un effet spécial, utilisé pour sensibiliser l'opinion américaine à l'urgence d'abandonner les énergies fossiles. Le message est clair : ces neuf lettres emblématiques, situées sur la colline, qui représentent mieux que tout autre symbole la puissance de l'individualisme et des désirs projetés, seront-elles suffisamment puissantes pour nous empêcher de sombrer dans un cauchemar collectif ?
Marseillewood
Parmi les endroits souvent pris en photo sur Instagram à Marseille se trouve une curieuse représentation de la Californie. Situé sur les collines du Parc Foresta, le nom de la ville surplombe les quartiers du Nord, donnant à la Cité Fosséenne une apparence similaire à celle de Los Angeles. Comme les célèbres lettres de Hollywood, ces grandes lettres sont les restes d'une campagne publicitaire.
En 2016, Netflix souhaite mettre en avant « Marseille », sa première série produite en France. Bien qu'ils ne mettent pas en évidence leur propre nom au-dessus du célèbre port, l'intention est claire : la ville réelle de Marseille devient le cadre d'une fiction à l'américaine. À présent, la série est quelque peu oubliée sur Internet, mais les lettres qui l'ont représentée ont été restaurées en 2019 et continuent d'être une curiosité dans le ciel de Marseille.
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