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Un très honnête bandit : la déconstruction d’un mythe corse au XIXe siècle

Antoine Albertini, l'auteur de "Un très honnête bandit", aborde le sujet du bandit d'honneur, un personnage très connu en Corse au XIXe siècle. Il raconte la vie tragique de Xavier Rocchini, qui a été exécuté à l'âge de 24 ans en 1884. Cette histoire résume toutes les tragédies qui ont marqué l'île depuis deux siècles. L'auteur déconstruit également le mythe entourant ce personnage, avec succès.

Par Vincent Ejarque

Cette histoire est à la fois tragique et pathétique. Elle raconte la vie d'un brigand qui, malgré ses vingt-cinq ans d'existence, n'a pas marqué l'histoire de son île ni celle de la gendarmerie qui le poursuivait. D'autres criminels l'ont précédé, et beaucoup d'autres ont suivi ses traces, partageant le même destin d'exclus, de fugitifs, d'assassins et de légendes en devenir.

L'histoire brève de Xavier Rocchini, racontée par Antoine Albertini dans son livre "Un très honnête bandit", depuis l'assassinat de son père en 1880 jusqu'à son exécution quatre ans plus tard à Sartène, résume tous les stéréotypes sur la Corse qui étaient populaires à l'époque. La vendetta d'un roman de Prosper Mérimée ("Colomba", 1840) rivalise de ridicule avec les chroniques paresseuses écrites par Guy de Maupassant quarante ans plus tard pour la presse parisienne – entre deux visites dans les maisons closes d'Ajaccio.

Ainsi, les Français vivant sur le continent perçoivent leurs compatriotes récemment arrivés de manière assez sauvage et exotique, en se basant sur leurs lectures. Les dirigeants semblent parfaitement accepter l'Empire et la République de ces nouveaux arrivants. Qu'importe d'ailleurs, puisque les résultats des élections dans cette région laissent peu de doute et encore moins de place au hasard.

Un secret de lecture à révéler est que le dernier livre d'Antoine Albertini n'a pas pour but de réhabiliter. La situation de la famille Rocchini et la série tragique d'événements qui pousse un fils à venger son père assassiné en commettant lui-même un meurtre prémédité sont rapidement exposés dans cette histoire. Cependant, l'essentiel du livre réside ailleurs. Albertini décortique le destin individuel de Xavier Rocchini avec une patience digne d'un entomologiste, et cela devient intéressant car cela remet en question un mythe collectif en le réduisant à un tas de pierres dispersées.

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Tout d'abord, on parle de la responsabilité d'une mère, une figure typiquement corse. Elle maudit son fils pour deux raisons : d'abord, parce qu'il n'a pas eu le courage de venger la mort de son père, puis, une fois qu'il l'a fait, parce qu'il est devenu un assassin, un paria, un fugitif. Comme si la première action n'avait pas entraîné une série de malheurs qui ont suivi.

Ensuite, il y a la figure du bandit. Ces bandits d'honneur célèbres chantés par Mérimée et craints dans toute l'île, car ils pouvaient surgir à tout moment, seuls ou en groupe, pour voler les plus pauvres ou tendre un piège à une victime désignée, généralement abattue par derrière d'un coup de fusil. Certains personnages publics, tels que des conseillers municipaux ou généraux en devenir, n'hésitent pas à s'entourer de ces bandits célèbres à qui ils offrent l'hébergement et un repas en échange de la surveillance du bon déroulement des élections. Par exemple, en s'assurant que l'urne soit déjà pleine le jour du vote.

Dans cette histoire folklorique, la réalité est bien différente selon Albertini. Les hommes sont constamment traqués par la gendarmerie et les voltigeurs de l'infanterie. Xavier Rocchini ne peut pas se permettre de dormir au même endroit deux fois et il se nourrit de ce qu'il vole ou de ce qu'on lui donne par pitié ou par peur. La montagne, quant à elle, est pleine de vie, habitée par des bergers, des charbonniers et une population qui prétend n'avoir rien vu lorsque la gendarmerie les interroge, mais qui subit les pillages et les violences avec résignation. Cependant, il arrive parfois que cette population se révolte lorsque le crime vient souiller ce qu'elle considérait comme sacré.

Après avoir tué une cousine éloignée qui lui refuse ses avances malgré ses efforts, Rocchini est surnommé Animali. Et puisque, après lui avoir tiré dessus, il prend soin de supprimer le visage d'une adolescente déterminée à protéger son honneur en lui tirant dessus à bout portant, il ne sera pas pardonné.

Le chef des exécutions, Louis Deibler, a été envoyé depuis Paris avec trois assistants et une guillotine démontée. Après un voyage maritime et montagneux épuisant et ridicule, il finira par décapiter Rocchini. Le bourreau, qui a peur pour sa vie, hésite à quitter le bateau et demande une escorte militaire jusqu'au lieu de l'exécution. Pendant ce temps, Rocchini, enfermé dans sa cellule, espère en vain une grâce présidentielle qui ne lui a jamais été accordée.

En éclairant un monde et une époque où la Corse s'est rapprochée de la France, Antoine Albertini complète parfaitement, avec une écriture élégante, le travail qu'il a entrepris avec ses livres précédents. Que ce soit ceux qu'il a nourris grâce à son métier de journaliste (« La Femme sans tête », « Les invisibles ») ou ses deux romans précédents (« Malamorte », « Banditi »), on retrouve la même perspicacité, la même mesure et l'absence d'excuses face aux drames qui déchirent son île. De l'exploitation des travailleurs sans papiers dans la Plaine orientale aux conséquences dévastatrices de la drogue sur la jeunesse locale, en passant par la corruption immobilière, refuge parfait pour le grand banditisme en quête d'investissements, il ne nous épargne aucun détail et ne se ménage pas non plus. En somme, un écrivain très honnête.

Un criminel très intègre, écrit par Antoine Albertini et publié par les éditions JC Lattès, contient 448 pages et est vendu au prix de 21,90 euros.

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