« The Killer » : David Fincher, le maître du crime à l'heure précise
Le célèbre réalisateur de « Seven » est de retour dans le monde du cinéma criminel. Avec son film énigmatique et sophistiqué, qui met en scène un tueur à gages, « The Killer » offre également une réflexion sur notre époque. À ne pas manquer dès le 10 novembre sur Netflix.
Par moi, Adrien Gombeaud
Dans un lieu abandonné qui servait autrefois de bureaux, un homme patiente. On se demande s'il parle à nous ou à lui-même. Il explique sa passion et son besoin de rigueur. Dans son travail, il ne peut jamais faire les choses à l'improviste, il doit toujours prévoir à l'avance. Il doit garder son calme et respirer. Ce travail, qui est très bien rémunéré, consiste à mettre fin à la vie de personnes.
Dès le début, les bases sont posées. Après son film massif "Mank", qui reconstitue le Hollywood des années 1930, David Fincher revient au film noir, aux armes à feu et aux rues sombres. Au début de l'histoire, le tueur attend patiemment parmi les bâches et les pots de peinture. L'œil fixé sur la lunette, le chasseur guette sa proie. Ce jour-là, il travaille à distance. L'homme finit par apparaître à la fenêtre en face, dans l'ombre d'une femme vêtue de cuir. La cible bouge sans cesse, puis se fige sous la silhouette de sa dominatrice. Alors que le doigt du tueur caresse la gâchette, la prostituée se déplace de quelques centimètres. Trop tard, la balle traverse la vitre et la femme s'effondre dans un mouvement étrangement gracieux.
Le meurtrier n'a pas réussi. Il comprend comment fonctionne le milieu criminel : ceux qui l'ont engagé vont se retourner contre lui. Il va agir en premier et les éliminer un par un, en remontant la trace de ce contrat et de toutes les personnes impliquées, depuis la République dominicaine jusqu'à La Nouvelle-Orléans, New York et Chicago.
Basé sur une bande dessinée de Matz et Luc Jacamon, le film "The Killer" explore un aspect du cinéma criminel qui met en scène des criminels mécaniques et fascinants. Interprété par Michael Fassbender, qui incarne tour à tour un reptile et un félin, ce tueur sans nom est influencé par le personnage du "Samouraï" joué par Alain Delon pour Jean-Pierre Melville, le "Killer" hong-kongais de John Woo et le chauffeur que Nicolas Winding Refn a filmé dans "Drive". Tous ces personnages sont des machines, des cerveaux mécaniques, des professionnels pour qui montrer une quelconque humanité serait une faille dangereuse. Le tueur répète sans cesse : "L'empathie est une faiblesse". Obsédé par la réussite, il planifie ses crimes comme une intelligence artificielle et les exécute comme un robot.
La lumière froide, les plans précis, le montage sans erreur… la manière dont David Fincher réalise son film reflète avec élégance et simplicité l'esprit mathématique de son personnage principal. On pourrait interpréter "The Killer" comme un autoportrait du réalisateur en tueur.
Il est certain que l'auteur de "The Social Network" nous présente à travers ce travailleur indépendant du crime une représentation du monde actuel et de sa relation avec le travail. De manière discrète, la figure de la mort s'infiltre dans toutes les couches de notre société : secrétaires, chauffeurs de taxi, avocats… Il y a ceux qui travaillent dur, avec les mains dans la saleté et le sang. Il y a ceux qui donnent des ordres depuis leurs confortables fauteuils en cuir. Personne ne sera épargné.
De temps en temps, le tueur se fait passer pour un touriste, puis il devient employé d'entretien, avant de se faire passer pour un client dans un club de fitness luxueux. Il évolue dans un monde connecté où les avions voyagent entre des capitales qui se ressemblent plus ou moins. Il peut même commander ses outils sur Amazon pour se les faire livrer à différents endroits dans les "hub lockers". Lui-même ne délivre-t-il pas la mort à domicile, tout comme on commande des pizzas ? "The Killer", une production de Netflix, se présente comme un témoignage fascinant de l'ubérisation du meurtre.
The Killer
un film des États-Unis
réalisé par David Fincher.
Avec la participation de Michael Fassbender, Tilda Swinton et Sophie Charlotte, ce film dure 1 heure et 59 minutes. Il sera disponible sur Netflix à partir du 10 novembre.
Adrien Gombeaud
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