Lors du festival de Cannes 2024, le jury a récompensé ses propres membres dans un palmarès controversé. Malgré une sélection chaotique, le film "Anora" de Sean Baker a été distingué par la présidente du jury Greta Gerwig, mettant en avant sa propre famille cinématographique.
Écrit par Adrien Gombeaud
En surface, la tâche d'un jury peut sembler simple. Il faut simplement regarder deux ou trois films par jour… et choisir les meilleurs. N'est-il pas dit que le talent se démarque de lui-même ? Ne le voit-on pas clairement, brillant dans l'obscurité comme une évidence exceptionnelle ? Cependant, le palmarès du 77e Festival de Cannes montre au contraire la difficulté du regard face à l'art, et l'incertitude du goût.
Le jury présidé par Greta Gerwig a choisi de récompenser le film d'horreur "The Substance" de Coralie Fargeat pour son scénario original, bien que l'aspect visuel du film soit plus marquant que la qualité de l'écriture.
Le film musical captivant de Jacques Audiard, "Emilia Perez", a remporté deux prix : celui du jury et un prix d'interprétation collective pour toutes les actrices. Karla Sofía Gascón, une actrice transgenre espagnole, émue et émouvante, était la seule à monter sur scène pour le recevoir. En réalité, elle n'avait aucune raison légitime de le partager.
Décryptage : Cannes 2024, un premier bilan positif.
Le film "Grand Tour" de Miguel Gomes a remporté le prix de la mise en scène pour son approche esthétique exotique et détaillée, qui invite à l'observation comme un diorama d'un cabinet de curiosités. Le Grand Prix a été attribué au premier film de fiction de la cinéaste indienne Payal Kapadia, intitulé "All We Imagine as Light", en reconnaissance de son talent émergent. Le jury a également décerné un prix spécial au film "Graines du figuier sauvage" de Mohammad Rasoulof.
L'histoire tourne autour d'une famille qui se divise pendant la répression violente du mouvement "Femme, Vie, Liberté". Le réalisateur iranien utilise habilement différents genres, passant du drame au polar et même au western, pour aboutir à une conclusion surprenante.
Récompensé par un Ours d'or à Berlin en 2020 pour son film "Le diable n'existe pas", Rasoulof est venu à Cannes en toute fin de festival après avoir quitté clandestinement son pays. Il était interdit de quitter le territoire car il avait récemment été condamné à la prison et à des châtiments corporels.
Pendant sa prestation sur scène, le réalisateur parle des artistes, intellectuels et journalistes emprisonnés par le régime islamiste. Il mentionne le rappeur Toomaj Salehi, qui a été condamné à mort pour sa musique. En fin de compte, il fait un appel pour que la République islamique cesse de maltraiter les Iraniens.
Le prix spécial du jury est rarement attribué. Il montre que le jury a décidé de créer une récompense "spéciale" et unique. Il est légitime de se demander si ce choix est approprié pour Mohammad Rasoulof. Fraîchement libéré de prison dans son pays d'origine, il se voit attribuer une récompense spéciale par le festival. Comme si le film "Les Graines du figuier sauvage" ne possédait pas les qualités artistiques nécessaires pour figurer dans le palmarès.
Enfin, à la fin de la soirée, Greta Gerwig se lève pour remettre la prestigieuse Palme d'or à un film qui a suscité à la fois des émotions joyeuses et déchirantes chez les membres du jury : "Anora" de Sean Baker.
Le réalisateur de New York derrière des films comme "The Florida Project" et "Red Rocket" raconte l'histoire d'une danseuse exotique qui, lors d'une soirée festive, se marie impulsivement avec le fils irresponsable d'un riche homme d'affaires russe. Cette comédie dynamique et divertissante devrait séduire un large public.
Cependant, il est important de noter que parmi toutes les oeuvres en compétition, le jury a choisi celle qui était le plus proche du genre de prédilection de sa présidente : le cinéma indépendant américain.
L'année dernière, en réalisant le film "Barbie", Greta Gerwig voulait transmettre à l'écran des messages de tolérance et d'acceptation. Cependant, lorsqu'elle a choisi une poupée dans la vitrine du grand magasin de Cannes, elle a instinctivement opté pour celle qui lui ressemblait le plus.
Cela montre que notre liste de préférences est souvent influencée par ce qui est familier plutôt que par ce qui est réellement le plus beau, surtout lorsque nous sommes confrontés à une multitude d'images.
Le palmarès du 77e festival de Cannes a été dévoilé. Le film « Anora » réalisé par Sean Baker a remporté la Palme d'or.
Prix principal – Le film "All We Imagine as Light" réalisé par Payal Kapadia.
Récompense décernée par un jury pour le film "Emilia Perez" réalisé par Jacques Audiard.
Récompense du meilleur acteur – Jesse Plemons pour son rôle dans le film « Kinds of Kindness ».
Récompense pour la direction artistique attribuée à Miguel Gomes pour son film "Grand tour".
Récompense pour la meilleure actrice – Les comédiennes de la pièce « Emilia Perez »
Récompense pour le meilleur scénario – le film "The Substance" écrit par Coralie Fargeat.
Distinction spéciale décernée par le jury à "Les Graines du figuier sauvage" réalisé par Mohammad Rasoulof.
Adrien Gombeaud
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