Accueil Architecture La saga du smoking : du fumoir aux tapis rouges, une histoire de style et d’émancipation

La saga du smoking : du fumoir aux tapis rouges, une histoire de style et d’émancipation

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Catégorie: l'histoire surprenante du costume de soirée

Apparu pour la première fois au XIXe siècle dans les salons de fumée anglais, le smoking a su résister aux tendances de la mode qui jouent avec les codes masculins et féminins, conservant ainsi toute sa classe et son élégance.

Écrit par Astrid Faguer

Sur les cartons d'invitation, le costume de soirée est indiqué par les termes « black tie » (en référence au noeud papillon noir qui le complète) ou « tenue de cocktail ». Dans le dictionnaire, il est décrit comme « une tenue de soirée pour homme avec une veste à revers en satin et un pantalon orné d'une bande de satin le long de la couture ». Cependant, il est important de ne pas oublier l'histoire de ce costume de soirée. Créée en Angleterre au XIXe siècle pour les gentlemen, la veste de smoking a remplacé la queue-de-pie dans les fumoirs, évitant ainsi l'odeur de tabac qui la caractérisait.

Une veste en laine à coupe asymétrique, un pantalon évasé en laine, une chemise de smoking en coton, des escarpins en satin de la marque Dolce & Gabbana. La photo a été prise par Marion Parez pour les Echos Week-End, avec le stylisme réalisé par Aline de Beauclaire.

Veste cintrée à fermeture double en tissu satiné, jupe droite en tissu satiné, marque Sportmax. La photo a été prise par Marion Parez pour le magazine Echos Week-End et le stylisme a été réalisé par Aline de Beauclaire.

Plus compacte, plus légère et plus pratique, cette veste de maison est également ornée de bandes de satin ou de soie qui permettent de faire glisser les cendres. C'est Edouard VII, à l'époque prince de Galles, qui fut le premier à oser porter son smoking (fabriqué en 1865 par le tailleur Henry Poole à Savile Row) en dehors du fumoir. Ainsi, le smoking a peu à peu concurrencé la queue-de-pie et l'a finalement détrônée dans les soirées élégantes, d'abord aux Etats-Unis puis en Europe. Les icônes masculines d'Hollywood ne jurent que par lui – de Cary Grant à Clark Gable en passant par Marlon Brando.

Une veste longue en shantung, un gilet en popeline de coton, une chemise en popeline de coton, un short en shantung, le tout de la marque Dior. Des bottines en cuir verni de la marque Manolo Blahnik. La photo a été prise par Marion Parez pour le magazine Les Echos Week-End, avec le stylisme réalisé par Aline de Beauclaire.

Les chanteurs célèbres comme Sinatra et Astaire, ainsi que les artistes de cabaret, ont été influencés par la mode du smoking dans les années 60 et 70, notamment en France avec des artistes tels que Sacha Distel, Claude François et Joe Dassin. En 1966, Yves Saint Laurent a révolutionné la mode en proposant un smoking pour femme, permettant ainsi une certaine transgression des normes établies. Des artistes comme Gainsbourg et Mick Jagger ont aussi adopté le smoking avec audace, que ce soit sur scène ou sur leurs pochettes d'album. Malgré cela, la version traditionnelle du smoking reste présente sur les tapis rouges et dans les films James Bond. Le smoking est comme un classique intemporel, reconnaissable et réglementé, tout en s'adaptant et se variant au fil des époques, comme le souligne Emilie Hammen, professeur à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l'Institut français de la mode.

Les fans du tuxedo à Hollywood

Outre-Atlantique, le smoking est appelé tuxedo. Il a été introduit aux États-Unis en 1886 par le milliardaire James Potter, et a pris le nom du club de country new-yorkais qu'il fréquentait – le Tuxedo Park. Les États-Unis sont devenus les principaux ambassadeurs de ce costume de soirée réservé aux événements spéciaux. Porté avec des chaussures vernies (que le chanteur appelait ses Mary Janes), il est devenu la signature de Sinatra sur scène. « Pour moi, porter un smoking, c'est un style de vie », a déclaré le crooner au New York Times en 1997.

Frank Sinatra apparaît dans une scène du film intitulé « La Blonde ou la Rousse », sorti en 1957. Cette scène a été capturée par Columbia Pictures/Getty Images.

Dean Martin et Fred Astaire sont également connus pour leur amour du smoking. On raconte que Fred Astaire a même été enterré avec son modèle préféré. Dans les années 1970, le célèbre créateur Ralph Lauren a fait du smoking l'une de ses pièces phares, portée par des stars comme Clint Eastwood et Kevin Costner sur les tapis rouges. Le smoking porté par DiCaprio dans Gatsby le Magnifique (2013) a également attiré l'attention, devenant une star à part entière. En hommage au film, la marque Brooks Brothers a même lancé une collection de smokings appelée "The Great Gatsby".

Symbole de l'émancipation des femmes ?

À gauche, un blouson Eagle en lamé doré conçu pour les femmes par la marque parisienne Pallas. À droite, Marlene Dietrich joue le rôle d'Amy Jolly dans le film "Coeurs brûlés" (1930). Image de Pallas – Mary Evans/SIPA.

Au début du XXe siècle et surtout pendant l'entre-deux-guerres, le smoking n'est pas seulement un vêtement, mais aussi un symbole de liberté et d'émancipation pour les femmes. Avec leurs cheveux courts et leurs silhouettes androgynes, des femmes telles que Colette, Renée Vivien et George Sand bravent les conventions en portant des costumes du soir, habituellement réservés aux hommes. En 1930, Marlene Dietrich choque le public en portant un smoking noir conçu par le costumier Travis Banton dans le film Coeurs brûlés.

Le premier film de James Bond, "James Bond 007 contre Dr No" (1963), mettant en vedette Sean Connery. Photo de la collection Christophel.

En 1963, le film Dr No marque les débuts de James Bond au cinéma, interprété par Sean Connery. Il porte un costume de soirée bleu foncé conçu par le tailleur Anthony Sinclair de Londres. Depuis lors, ce costume élégant est devenu emblématique de l'agent secret britannique. Dans les années 1990, Pierce Brosnan incarne 007 et porte des costumes de la marque Brioni. Quant à Daniel Craig, il préfère les créations de Tom Ford pour son personnage de James Bond.

Yves Saint Laurent a révolutionné le smoking féminin en 1966 avec sa collection haute couture automne-hiver, en adaptant le modèle au corps des femmes. Malgré un début peu prometteur (seulement un exemplaire vendu la première année), le succès est au rendez-vous avec la version prêt-à-porter qui se vend comme des petits pains à la boutique Yves Saint Laurent de la rue de Tournon. Le smoking devient ainsi l'une des pièces emblématiques du couturier, au même titre que la saharienne.

Sur la gauche, on peut voir les célèbres mannequins Jerry Hall, Naomi Campbell et Claudia Schiffer lors du dernier défilé de haute couture d'Yves Saint Laurent pour la collection printemps-été 2002. Sur la droite, Justine Triet, présente aux Oscars en mars, remporte l'Oscar du meilleur scénario original pour son film "Anatomie d'une chute". L'image est de Pool Simon/Stevens/Gamma – UPI/ABACA.

Le photographe Helmut Newton a pris une photo de Yves Saint Laurent en 1975, rue d'Aubriot à Paris, avec une femme androgyne élégante qui fume. En 2002, lors de son dernier défilé devant 1 500 personnes, Catherine Deneuve et Laetitia Casta, habillées en smokings noirs, se lèvent et chantent "Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous". Depuis lors, le smoking est devenu un symbole de puissance et d'élégance, apparaissant régulièrement dans les collections des grands créateurs. Justine Triet, réalisatrice montante jusqu'aux Oscars, a porté exclusivement des smokings créés par Nicolas Ghesquière pour Louis Vuitton.

Les performances musicales populaires et rock

Claude François et ses choristes Claudettes en train de se produire dans le studio de la télévision suisse TSR en janvier 1976.

Dans les années 1960 et 1970 en France, les chanteurs de variété adoptent des styles disco pour leurs tenues de scène. Par exemple, Claude François ose des smokings avec des revers pailletés, des chemises en satin rose avec jabot et des pantalons évasés lorsqu'il interprète Alexandrie Alexandra. De l'autre côté de l'Atlantique, le rockeur Mick Jagger s'amuse à mélanger ce style avec des chemises en jean. Dans les années 1990 en France, Gainsbourg adopte un style provocateur en associant ses tenues à une paire de Zizi blanches Repetto et un paquet de Gitanes.

Découvrez également :

Tendances de la mode : différentes interprétations du costume

Comment bien porter un smoking

Le smoking doit être réservé pour les soirées et ne doit jamais être porté en journée (à partir de 18 heures).

Le vêtement doit être fabriqué en laine noire (de type grain de poudre) mélangée avec du mohair, connu pour sa capacité à ne pas se froisser.

Peu importe le style (classique, croisé, droit avec col châle…), les poches dites passepoilées de la veste ne doivent pas avoir de rabat.

Lorsqu'on choisit une chemise blanche et un nœud papillon noir, ce n'est pas un choix fait au hasard. La chemise est souvent dotée d'un col classique, qu'il soit français, italien ou d'une autre variante comme un col cassé ou un plastron nid d'abeille. Le nœud papillon, à nouer soi-même, doit également être choisi en fonction de la chemise sélectionnée.

En ce qui concerne les chaussures, les puristes affirmeront que seuls les richelieus en cuir brillant sont appropriés.

Astrid Faguer

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