En Russie, Elvira Nabioullina joue un rôle essentiel dans la préservation de l'économie russe et sa capacité étonnante à résister à la guerre. En tant que présidente de la Banque centrale, elle est un véritable atout dissimulé pour Vladimir Poutine.
Par moi, Benjamin Quénelle
Elvira Nabioullina avait un visage pâle et portait une robe noire qui exprimait sa tristesse. Contrairement à ses habitudes, elle n'avait ni sourire ni broche. C'était le 28 février 2022, quatre jours après le début de l'opération militaire spéciale du Kremlin en Ukraine. En tant que présidente de la Banque centrale russe et membre du clan libéral à Moscou, elle annonçait des mesures d'urgence pour faire face à la crise financière et à la chute du rouble causées par les premières sanctions occidentales contre Moscou.
Il y a eu des rumeurs circulant sur la démission d'Elvira Nabioullina, en particulier lorsqu'elle a été contrainte de mettre en place des contrôles de capitaux, ce qui allait à l'encontre de sa vision libérale. Cependant, elle n'a eu d'autre choix que de suivre ses principes acquis lors de son passage à l'université de Yale et de rester fidèle au président Vladimir Poutine. Elle a donc continué à travailler, dans le but de sauver le rouble de l'effondrement et la Russie de la crise économique. Par conséquent, elle a indirectement contribué à maintenir le chef du Kremlin au pouvoir.
Pendant près de deux ans de conflit militaire, Elvira Nabioullina n'a jamais exprimé ses opinions politiques personnelles. Selon certains économistes de Moscou qui préfèrent rester anonymes et qui s'opposent au Kremlin et à son offensive en Ukraine, Nabioullina envoie des signaux rationnels pour encourager un retour à l'ouverture, notamment en ce qui concerne l'économie. Cependant, elle n'a pas le pouvoir de prendre des décisions politiques.
Il est maintenant nécessaire de prendre des précautions face à la répression croissante à l'encontre de toute voix critique. Les membres du groupe libéral que je fréquente à Moscou s'opposent vivement à l'opération spéciale, que ce soit ouvertement ou en privé. Cependant, ils se retrouvent confrontés aux blocs de siloviki, représentants des forces de sécurité, qui ont pris le contrôle du pouvoir politique et d'une grande partie de l'économie. Elvira Nabioullina et les autres libéraux se retrouvent encore plus pris au piège de cette ligne jusqu'au-boutiste, d'autant plus qu'ils sont eux-mêmes visés par les sanctions occidentales et n'ont d'autre choix que de rester fidèles au Kremlin.
Elvira Nabioullina, âgée de 60 ans, est la première femme à diriger une banque centrale parmi les pays du G8. Elle se retrouve sur les listes de sanctions individuelles des États-Unis et du Royaume-Uni, mais pas de l'Union européenne. Malgré cela, elle travaille depuis plusieurs mois pour faire face aux conséquences inflationnistes de la dépréciation du rouble en jonglant avec le taux d'intérêt directeur. Depuis sa nomination à la tête de la Banque centrale en 2013, Elvira Nabioullina, qui est originaire de près de l'Oural et dont le père était chauffeur et la mère cadre d'usine, a été régulièrement critiquée par certains nationalistes pour prétendument privilégier le rouble au détriment de l'industrie.
Certains parlementaires ont même sollicité le parquet général pour qu'il lance une enquête pénale concernant sa politique monétaire extrêmement conservatrice. Cependant, si Poutine peut envisager l'élection présidentielle en mars prochain avec sérénité, c'est en grande partie grâce à l'intervention de sa banque centrale qui a réussi à éviter un désastre économique et monétaire.
Elvira Nabioullina est la première femme à diriger une banque centrale dans un pays du G8. Elle a été nommée banquière centrale de l'année par Euromoney en 2015 et elle sait qu'elle bénéficie du soutien de l'homme du Kremlin. Elle avait déjà travaillé aux côtés de celui-ci en tant que ministre du Développement économique de 2007 à 2012, puis en tant que conseillère économique. Contrairement à sa carrière de fonctionnaire, elle n'a jamais travaillé dans le secteur privé des finances. Elle est passionnée de poésie française, réputée pour sa modestie, et préfère les débats techniques et le travail discret plutôt que les confrontations publiques. Elle évite donc la politique.
L'avantage principal est sa renommée en tant que femme capable de prendre des décisions complexes.
Le point négatif : ses croyances fortement secouées par la nécessité de trouver des moyens de contourner les sanctions économiques.
Benjamin Quénelle
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